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La Chine au XXe siècle. Histoire, idéologie, révolution
  • Auteur(s) : Arif Dirlik
  • Collection : Hors collection
  • Nombre de pages : 288
  • Langues : Française
  • Paru le : 18/06/2020
  • EAN : 9782379240812
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0000-0000
    • CLIL : 3283 SCIENCES POLITIQUES
    • ISBN-10 : 2-37924-081-7
    • ISBN-13 : 978-2-37924-081-2
    • EAN-13 : 9782379240812
    • Format : 160x220mm
    • Poids : 476g
    • Illustrations : Non
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 18/06/2020
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-37924-082-9
    • EAN-13 : 9782379240829
    • Taille : 3 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 18/06/2020
    •  
    • Support : ePub
    • ISBN-13 : 978-2-37924-083-6
    • EAN-13 : 9782379240836
    • Taille : 2 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 18/06/2020
    •  
    • Support : pack ePub + PDF
    • ISBN-13 : 978-2-37924-084-3
    • EAN-13 : 9782379240843
    • Taille : 1 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 18/06/2020
    •  

La Chine au XXe siècle. Histoire, idéologie, révolution

« Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine ». Ce simple énoncé, aux faux airs de tropisme, assume en une phrase toute la radicalité d’Arif Dirlik.

Historien américain d’origine turque, Arif Dirlik (1940-2017) possède une conscience aigüe des enjeux de pouvoir dans la distribution des savoirs. Il échappe au piège de la sentimentalité victimaire trop souvent en jeu dans le rameau postcolonial de la pensée critique. Au contraire, il sait utiliser ces richesses théoriques pour questionner leur utilisation dans le monde chinois et leur détournement systématique au service d’un discours nationaliste renouvelé et inquiétant. Il nous permet de mieux comprendre sur quelles réalités – historiques, intellectuelles, idéologique –reposent le nouveau roman national chinois.
Des origines occidentales du mot « Chine », à la relation de la Chine à la modernité, et aux enjeux soulevés par l’écriture de l’histoire dans un pays de vieille culture historienne, jusqu’aux aléas du succès chinois des théories postmodernes, postcoloniales, la sélection de textes présentée ici permet de découvrir pour la première fois en français cette logique imparable qui lie l’histoire, le langage et la politique dans une longue et fructueuse carrière.

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par David Bartel

Auteur(s) :
Arif Dirlik

Titre de la vidéo : La Chine au XXe siècle. Histoire, idéologie, révolution - Entretien avec David Bartel
Réalisation : PUV/Université Paris 8

SommaireRésuméExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Chine | Globalisation | Historiographie

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Sommaire

L’« indiscipline » d’Arif Dirlik
David Bartel 


Née d’une traduction — la « chine » dans la fabrication de « zhongguo » 

Le socialisme en chine — un panorama historique 

Le mouvement pour la nouvelle culture revisité — l’anarchisme et l’idée de révolution sociale dans la pensée du 4 mai 1919 

Le triomphe du moderne — marxisme et histoire sociale chinoise 

Zhongguohua : « mondialiser » la Chine
sociologie et anthropologie dans la chine du XXe siècle 

Retournements, ironies, hégémonies
notes sur l’historiographie contemporaine de la Chine moderne 

Postmodernisme et histoire de Chine 

L’histoire chinoise et la question de l’orientalisme 

Résumé

« Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine ». Ce simple énoncé, aux faux airs de tropisme, assume en une phrase toute la radicalité d’Arif Dirlik. Ce sinologue américain d’origine turque est à l’écoute de ce que nous dit la Chine, sans jamais s’exempter de nous rappeler les complicités économiques, politiques, managériales ou académiques qui accompagnent son incroyable développement. 

Les origines du mot « Chine », l’importation des sciences sociales, l’influence de l’anarchisme sur les premiers marxistes chinois, la trahison des promesses de la révolution, la Chine postsocialiste et le postmodernisme, le renouveau nationaliste, la destruction massive de l’environnement et la croissance continue des inégalités… voici la liste non exhaustive des sujets abordés par Arif Dirlik dans cet ouvrage qui échappe aux pièges de la sentimentalité victimaire et des discours exceptionnaliste comme essentialiste de la supposée « altérité » chinoise qui ont marqué les esprits au tournant du xxie  siècle.   

Ce premier choix de textes, fait avec leur auteur, permet de découvrir la logique imparable qui lie histoire, langage et théorie critique dans une longue et fructueuse carrière, achevée trop tôt en décembre 2017.

 
Textes sélectionnés avec Arif Dirlik.
Introduction et traduction par David Bartel. 

 Arif Dirlik (1940-2017) est un historien américain d’origine turque, professeur à l’université de Duke (États-Unis), auteur de nombreux ouvrages sur l’historiographie chinoise et l’histoire des théories radicales en Chine. Plus récemment, il s’est concentré sur la cooptation nationaliste des théories postmodernes et postcoloniales, et sur la restructuration du confucianisme dans la globalisation. 


David Bartel, docteur en histoire, chercheur indépendant, vit à Hong Kong.

Abstract

Extrait(s)

L’« indiscipline » d’Arif Dirlik

David Bartel

Les textes présentés ici ont été sélectionnés avec leur auteur, Arif Dirlik, historien des idées devenu critique social. Le choix des textes retenus cherche à montrer la cohérence d’un parcours sinologique entamé dans les années 1970 sous la forme d’une archéologie des idéologies radicales qui, de l’anarchisme au marxisme sinisé, expose les logiques propres et les tensions paradoxales qui sous-tendent le développement intellectuel de la Chine au xxe siècle. En s’attachant de près aux fondements de l’historiographie chinoise contemporaine et à ses liens intimes avec la construction politique moderne, le sinologue américain d’origine turque laisse apparaître les spécificités de l’émergence en Chine d’un mouvement révolutionnaire dont l’orthodoxie idéologique et ses fluctuations ont été – et demeurent – un marqueur indélébile.

La fin de l’épisode révolutionnaire, que l’on peut faire correspondre à la mort de Mao Zedong, le 9 septembre 1976, marque une inflexion majeure de l’idéologie d’un Parti communiste chinois (PCC) qui doit réinventer sa propre grammaire intellectuelle pour que, comme l’écrit le regretté Roland Lew, « rien ne change », et surtout pas la mainmise du Parti sur le pouvoir et sur toute la structure institutionnelle de l’État. Avec une intelligence fine et parfois cynique, une capacité d’adaptation dynamique rare pour un appareil politico-bureaucratique d’une telle dimension et la menace toujours présente d’un usage brutal de la force, le Parti a su « coopter » les outillages intellectuels nouveaux à son avantage en détournant tout un ensemble de richesses théoriques et conceptuelles (hégémonie, identité, pouvoir, impérialisme) de leur définition originale, en les retournant vers l’usage unique d’un renouveau du discours nationaliste rendu nécessaire par l’abandon de la téléologie de la révolution.

Cette évolution du discours politico-idéologique s’est faite dans le contexte global d’une mondialisation des problématiques socioéconomiques (croissance des inégalités, crise environnementale et revendications légitimes des anciennes populations « subalternes » sur l’épistémologie et les « manières de savoir » autour d’une critique tous azimuts des Lumières européennes) et d’une normalisation générale du vocabulaire pour exprimer celles-ci. Elle est surtout alimentée par la tension normative de la mondialisation entre une ouverture économique et culturelle, et une fermeture paradoxale et parfois inquiétante sur un « roman national » nécessaire pour canaliser les énergies libérées par la disparition des idéologies révolutionnaires. En proposant une analyse extrêmement précise de ce tournant idéologique et intellectuel, Arif Dirlik nous offre des clefs indispensables pour entendre comment ces discours, articulés entre culpabilité coloniale occidentale et avidité des anciens pays du « Sud » à partager les bénéfices du développement, sans toutefois avoir à s’alourdir des pesanteurs démocratiques de la légitimité populaire, redéfinissent les contours des notions de progrès et de développement.

Ces considérations sur la reconfiguration d’une « modernité globale », au-delà de la rupture que représente l’année 1989 (répression de Tiananmen, fin du monde du « socialisme réel » et essor hégémonique conséquent du capitalisme global), permettent enfin de questionner à nouveau frais les vocables que les discours contemporains, et surtout la nouvelle doxa du management globalisé, tendent à faire passer pour apolitiques et non idéologiques. Au contraire, Arif Dirlik nous oblige à réentendre le « modèle » chinois, le « consensus » de Pékin, le renouveau confucéen ou l’essor de la « classe moyenne » dans les pays « émergents » comme autant de piliers idéologiques d’un discours dominant articulé : le développementalisme. Il ouvre ses analyses sur l’essor de ce discours au-delà de la république populaire de Chine (RPC), dans un vaste ensemble asiatique qui, mal défini, centré sur les succès économiques de la RPC, ne sait proposer rien d’autre qu’un développement dans le capitalisme où les méfaits – sociaux et écologiques – connus du développement ne seront soulagés que par davantage de développement. Comme s’il fallait, nous dit Dirlik, « boire du poison pour étancher sa soif ».

Ce parcours dans les idéologies, attaché à la réalité chinoise d’aujourd’hui, nous offre une forme d’anthropologie du contemporain qui permet de comprendre le glissement effectué par Arif Dirlik, historien des idées devenu critique social. Le constat de la grave situation en RPC et dans le monde, les promesses trahies – de la révolution d’abord, du développement ensuite – obligent à lire les textes les plus récents de l’auteur en partant du principe que désormais, ce qui arrive en RPC est une alarme qui nous concerne tous. Ce faisant, Arif Dirlik mondialise la problématique chinoise et invalide avec une force rare tant les discours sur l’« altérité » supposée des Chinois que ceux sur les « spécificités culturelles » du développement.

Avec une écriture serrée, théoriquement riche, et une argumentation qui trouve sa pertinence dans l’histoire, Arif Dirlik nous oblige à sortir de notre zone de confort en démontant les logiques idéologiques qui infusent les discours contemporains sur l’« essor » de la Chine. En sortant la RPC de la boîte sinologique où on l’y enferme parfois si complaisamment, il explose le cadre d’une réflexion habituellement enfermée sur la « chose chinoise » pour pointer les complicités du néolibéralisme mondialisé avec les catastrophes, sociales et écologiques, qui désormais touchent l’ensemble du monde tel que nous le connaissons. Dirlik dérange, mais permet d’être mieux armé pour répondre aux défis posés par la mondialisation de l’économie et des savoirs.

Une biographie politique

Né à Mersin en Turquie en 1940, Arif Dirlik grandit à Istanbul où il s’engage très tôt dans le syndicalisme étudiant. Au lycée, il organise des discussions sur Kemal Atatürk (1881-1938), la figure centrale de la modernité turque. Il publie des articles polémiques sur le sujet dans un pays, dit-il, où il est impossible – encore aujourd’hui – d’exprimer une perspective critique sur cette figure historique. Il quitte la Turquie en 1964, diplômé en ingénierie, avec une étiquette de « communiste » qu’il considère déjà être une preuve du primitivisme politique de son pays. S’il se considère « de gauche », il avoue n’avoir jamais eu de patience pour la pratique politicienne. Il n’a jamais été affilié à aucun parti ni à aucune organisation. Et même s’il cherche à relativiser son statut d’« exilé », d’« insoumis », ses rares contacts avec la Turquie restent problématiques. Produit et défenseur de la laïcité, il regrette le tournant droitier et la résurgence de la religion dans le domaine politique. Il critique aussi vertement l’incapacité du gouvernement turc et de la majorité de la population à admettre des épisodes peu glorieux du passé qui pourtant font intégralement partie de l’émergence de la Turquie moderne. Il reste persuadé que le courage d’affronter ces moments permettrait à la nation de s’ouvrir un avenir plus intelligent, plus démocratique et plus humain. Une analyse et une exigence qui à l’évidence résonnent pour d’autres pays.

Il arrive aux États-Unis en 1964 avec une bourse Fulbright. Après deux mois pourtant, il abandonne les études de sciences auxquelles il se destinait pour se tourner vers l’histoire de la Chine. L’université Rochester de New York ne possède pas encore à l’époque de département de chinois. Il y apprend l’histoire du Japon et de la Russie. Deux ans plus tard, il intègre la prestigieuse université de Berkeley en Californie. Là, sous la houlette de l’historien Karl Wittfogel (1896-1986), il étudie le chinois avant de passer deux années à l’université de Taiwan au tournant des années 1970. Arif Dirlik se dit appartenir à la génération des années 1960. La guerre du Vietnam est à son apogée. Le mouvement pacifiste bouleverse les campus américains et chevauche le mouvement des droits civiques. Dans le même temps, les mouvements de libération nationale, partout dans le monde, font émerger la question du tiers-monde sur l’échiquier intellectuel international. Il obtient son doctorat en 1973. Sa thèse porte sur l’histoire de l’historiographie marxiste en Chine. Elle sera publiée en 1978 1. Il commence rapidement à enseigner à l’université de Duke où la violence des affrontements entre des factions politiques opposées lui fait comprendre l’inanité et le danger du dogmatisme idéologique.

En 1975, il participe à la création de la revue Modern China, dont le but est de donner la voix à une jeune génération de chercheurs qui ne peut plus se satisfaire de paradigmes sinologiques dont l’eurocentrisme marque l’obsolescence. Les travaux de Joseph Levenson (1920-1969), qui ont longuement imprégné les études chinoises modernes, sont leur première cible 2. Arif Dirlik voit dans la Révolution chinoise qui semble être en train de se dérouler une grande proximité – de situation et de problématique – avec d’autres pays du tiers-monde. Il se rend en république populaire de Chine pour la première fois en 1983, presque vingt ans après avoir entamé ses études chinoises, et cinq années après la publication de son ouvrage Revolution and History. C’est un moment, se souvient-il, où la Chine a encore un fort goût de socialisme. Les conférences qu’il donne alors sur le marxisme à l’université de Nankin sont critiquées comme « hétérodoxes » ou « révisionnistes ». Pourtant, il touche aussi des étudiants surpris et intéressés par ces perspectives nouvelles sur le marxisme.

Près de dix années plus tard, en 1993, c’est avec le politologue Yu Keping (俞可平 né en 1959) qu’il introduit le concept de globalisation (全球化 quanqiuhua) – déjà utilisé à Taiwan – à un auditoire continental 3. Il introduit aussi les concepts de « postsocialisme » et de « postrévolution », utiles aux historiens de la Chine dans leurs tentatives d’historiciser le présent chinois. Arif Dirlik est considéré comme un pionnier de l’arrivée dans les universités chinoises des discours postcoloniaux et du développement de ce que l’on nomme aujourd’hui les « postologies » (後學 houxue) 4. Son retour systématique à l’histoire et au présent de la Chine l’éloigne pourtant d’autres penseurs critiques en ce que son travail intellectuel tient fondamentalement à s’ancrer dans la réalité. « Je suis avant tout un sinologue (China scholar) » aime-t-il rappeler.

Avec le recul, on comprend qu’Arif Dirlik fait le choix de la Chine à un moment où se déploient dans le tiers-monde des questions d’impérialisme, de classes, d’inégalité, de développement, de patrimoine culturel et où se met en place plus généralement une réflexion sur la possibilité de créer une alternative au développement capitaliste, visage renouvelé d’une hégémonie culturelle qu’il qualifie d’« euromoderne ». En accordant une importance centrale aux circonstances spatiales et temporelles de production et de réception de nouvelles manières de penser, il est frappé par la similarité des problèmes qui touchent des pays très différents, mais pareillement positionnés dans la distribution globale du pouvoir. La question de la réception et de la domestication de corpus d’idées d’origines étrangères est centrale dans sa réflexion. La traduction de bagages conceptuels dans des contextes historiques et sociaux différents, en même temps que les défis qu’imposent les revendications alternatives au grand récit eurocentré de la modernité, courent en effet tout le xxe siècle. Pour lui, comprendre la Chine, c’est un moyen et un outil pour mieux saisir des questions théoriques d’importance universelle comme le nationalisme, les évolutions culturelles, la révolution et la démocratie, dans l’urgence déjà de remettre en cause la persistance d’un binarisme Chine/Occident qui – s’il ne dit rien en réalité – demeure stratégiquement encouragé comme instrument politique complaisant de légitimation polie des ignorances réciproques.

Mondialiser la Chine

Quand il quitte la Turquie pour rejoindre l’université américaine, la passion théorique d’Arif Dirlik est déjà posée. En passant des sciences naturelles à l’histoire intellectuelle son choix correspond, « par le plus grand des hasards » dit-il, au moment où se joue dans le monde universitaire une révision de l’histoire, fondée désormais sur la centralité de l’interprétation et sur l’exploration des concepts constitutifs de l’analyse historique, moment où l’histoire comme discipline, étude du passé, commence à sciemment interroger les modes de représentation et de compréhension du présent. Le passé, invariablement traduit pour répondre aux besoins et aux perceptions du présent devient alors, en soi, un sujet de recherche. Si Arif Dirlik est attentif aux fondements disciplinaires, il se méfie de l’enfermement qu’impose le compartimentage universitaire. Il se méfie encore plus des fourre-tout à la mode – transdisciplinaires ou pluridisciplinaires – et sans substance. Pour saisir les concepts qui fondent une discipline, il s’agit de les comprendre historiquement, en termes d’origines, de transformations et de conséquences, spatiales et temporelles. Pourtant, en tant que spécialiste des idéologies, son travail traverse par essence diverses disciplines : histoire intellectuelle et conceptuelle bien sûr, mais aussi sociologie, anthropologie, science politique, voire littérature.

Arif Dirlik a ainsi su inventer un style propre, une forme originale d’anthropologie contemporaine du monde dans laquelle les étiquettes politiques et méthodologiques restrictives qui lui sont parfois accolées passent à côté d’une œuvre qui supporte mal les stratégies académiques de confinement. C’est dans la perspective de cette « indiscipline » qu’il faut envisager la lecture d’Arif Dirlik et des textes réunis ici. En réaffirmant la réalité des liens existants entre réalité contemporaine et histoire moderne, il formalise à nouveau un espace politique essentiel enterré trop tôt par une globalisation capitaliste clamant l’apolitisme des « lois » de l’économie, défendu par le laïus convenu de la neutralité du marketing et de la consommation globalisée. Il (re) politise ainsi le contemporain en réinscrivant le présent dans son passé. En prenant la politique chinoise au mot, en la replaçant dans son histoire, il écoute – et prend au sérieux – la parole de ceux qu’il confronte et critique et qui sont trop souvent encore reçus avec une forme mal dissimulée de condescendance qui nuit à l’analyse. Ses travaux sur l’histoire du radicalisme en Chine ont été indispensables pour le guider dans l’exploration d’interrogations très contemporaines et lui ont permis de proposer une nouvelle interprétation – transnationale – de l’histoire et de la politique chinoise.

En effet, ses travaux sur l’introduction des idéologies radicales ont bouleversé le champ de l’histoire de la Chine moderne en montrant comment l’anarchisme avait précédé – et inspiré – le marxisme chez les radicaux chinois du début du xxe siècle 5. Ses travaux lui ont dans le même temps ouvert une fenêtre adaptée pour travailler théoriquement la signification des mouvements alternatifs radicaux visibles dès les années 1960, puis, avec la globalisation, depuis les années 1990. C’est là que se fonde aujourd’hui son intérêt pour les politiques locales de développement, alternatives concertées – et de plus en plus nombreuses – à la globalisation capitaliste.

Ainsi, dès le départ, « mondialiser la Chine » c’est briser les frontières culturelles et conceptuelles pour congédier l’exceptionnalisme chinois, précondition indispensable à toute tentative sérieuse pour historiciser la Chine, plutôt que de l’emballer du doux cocon des spécificités culturelles. Cet apport de la perspective historique de l’expérience chinoise prend un sens renouvelé à l’heure de l’abandon des promesses sociales portées par la révolution. Première puissance économique mondiale depuis peu, la République populaire nous oblige à envisager à nouveaux frais le sérieux et l’importance des défis lancés par d’autres systèmes de connaissance à l’organisation des savoirs qu’impose une euromodernité symbolisée par des Lumières désormais envisagées comme savoir hégémonique louant un universel univoque, imposé, conquérant et au final assez peu scrupuleux. La visibilité nouvelle qu’autorise à la Chine ce nouveau statut économique offre en passant une autorité renouvelée à des systèmes de savoir jusque-là bannis comme aberrants ou arriérés, et le retour de Confucius sur le devant de la scène intellectuelle chinoise est un événement majeur – et ambivalent – d’une modernité chinoise désormais autochtone dont la redéfinition du sens implique cependant une révision historique générale de l’histoire chinoise du xxe siècle. Un effort conceptuel et sémantique difficile qui égratigne nécessairement une orthodoxie historienne encore très susceptible. La révolution avait « rangé Confucius au musée », où il n’existait plus que comme « attachement sentimental », disait Karl Marx. Son retour en grâce est un préjudice majeur à l’historiographie officielle de la révolution victorieuse et ne va pas sans poser d’insolubles casse-têtes jusque dans les plus hautes sphères dirigeantes. En même temps, l’importance de la formulation de ces défis à l’eurocentrisme – dont le retour du passé est un trait distinctif – est pour Arif Dirlik une marque évidente et constitutive de notre temps. C’est un phénomène central et partagé de ce qu’il définit comme la « modernité globale ».

Histoire, discours, globalité

Les textes réunis ici racontent cette histoire, celle du triomphe du moderne en Chine, sous la forme de l’importation du socialisme et de l’idée de révolution sociale. L’immense changement, et les immenses espoirs que les idéologies radicales ont suscités dans le pays au début du xxe siècle, leur adaptation à des réalités complexes et changeantes forment la première partie de l’ouvrage. Les textes réunis ici dessinent le cadre de la réflexion, ils détaillent le parcours de ces idées radicales en Chine – leur origine, leur victoire, leur détournement – jusqu’à nos jours. Les succès politiques du marxisme sont en partie dus à l’introduction d’une révolution historiographique sans précédent. En introduisant une histoire sociale, une histoire du peuple, l’historiographie marxiste réinvente l’histoire de Chine et modifie le cours des événements en inversant les polarités d’un « régime d’historicité » jusque-là fondé sur un âge d’or révolu 6. L’historiographie marxiste joue un rôle clef dans l’invention d’un premier « roman national », réponse à la crise de la Révolution républicaine de 1911 et à l’échec manifeste des tentatives de transition politique de l’Empire à la République. Un échec que figure politiquement l’abandon du pays à la soldatesque des « seigneurs de la guerre » après 1917, et intellectuellement par le premier sursaut nationaliste articulé et conscient du 4 mai 1919, point d’orgue du Mouvement pour la nouvelle culture et du phénomène culturel plus large des Lumières chinoises 7. Pour Arif Dirlik, le marxisme est une réponse à cette faillite de la Révolution de 1911 à renouveler la grammaire du politique et une réponse à l’immense crise de représentation que les Chinois se font à partir de là de leur propre culture.

On peut penser la Révolution chinoise comme une multiplicité de révolutions – sociale, culturelle, politique, intellectuelle, générationnelle, féministe, paysanne, subalterne – subsumées par la définition unique qu’en donne le parti communiste, après l’échec du parti nationaliste (Guomindang). Le détournement de l’effort sincère pour reconstruire la Chine selon les indications du marxisme, et la mise en place par le Parti communiste d’une orthodoxie restreignant la théorie en étouffant la vie intellectuelle, racontent le fourvoiement des promesses sociales de la révolution, jusqu’au retournement ironique contemporain qui progressivement a réinventé une tradition – le confucianisme – pour en faire désormais le moteur d’une « renaissance » chinoise dont les termes restent à discuter. L’abandon de la téléologie de la révolution et l’adoption subséquente d’un discours développementaliste résolu ont eu un impact majeur, tant sur l’image que la Chine a d’elle-même, que sur les représentations historiques que s’en font les historiens de la Chine.

Là se trouve le fil directeur de cet ensemble d’essais. L’intensification du trafic intellectuel entre la Chine et le monde permet en effet l’intégration progressive des intellectuels chinois sur un échiquier mondial de la pensée où désormais les différends se formulent dans un champ discursif commun. L’histoire de l’arrivée à maturité en Chine des discours théoriques qui ont accompagné le retournement unique de la relation de la Chine à son passé et au monde met en lumière la façon dont les délicatesses des discours du postmodernisme (théorique, esthétique, littéraire…) – et de son rameau postcolonial – ont réussi à se faire adopter par le discours officiel pour ranimer une litanie nationaliste officielle grégaire et assez peu stimulante, instaurée en dernier rempart de l’idéologie. Un sursaut nationaliste qui se distingue du nationalisme communiste des années révolutionnaires en ce qu’il est désormais débarrassé des préoccupations sociales. Cette intégration théorique semble cependant être bien incapable de restituer les possibilités de résistances nouvelles qu’offrent les méthodes de déconstruction des discours du pouvoir pour être utilisée dans le but unique de s’opposer à un « Occident » perçu toujours comme hégémonique. En permettant de dépasser le simple appel à l’émotion populiste du discours patriotique, le vocabulaire postcolonial profite ainsi à la rhétorique officielle. Un glissement sémantique qui avalise le mélange du politique et du culturel par l’utilisation de concepts postcoloniaux dans un sens contraire à leur usage.

Une évolution discursive fondamentale pour comprendre comment s’est brisé l’unanimisme des Lumières chinoises des années 1980 – structuré autour de l’antitotalitarisme, de la rationalité scientifique et de la libération de l’individu – sur les problématiques d’identité et de culture, et comment s’est subséquemment reconfigurée la scène idéologique autour de la rencontre inopinée entre les théories postcoloniales et un discours nationaliste officiel, dernier instrument fédérateur du pouvoir 8. Désormais, les visées perçues comme hégémoniques de l’Occident sont devenues les ennemis et les questions d’histoire ont fait place à des problèmes de culture. La politique de la culture est devenue une partie intégrale des conflits de la globalisation. Dans ce tournant majeur de l’histoire intellectuelle globale, la Chine imagine jouer un rôle de choix. Elle possède désormais les armes sémantiques pour le faire. Pourtant, nous rappelle Arif Dirlik, se rêver en grande puissance responsable et intégrée dans le jeu politique des nations ne se réalise pas en RPC sans poser quelques questions ni sans créer quelques paradoxes.

Ce sont ces questions qui habitent les réflexions contemporaines d’Arif Dirlik. La différence entre notre présent et son passé moderne réside dans une perte de confiance dans le futur. Phénomène mis en évidence par les attaques chaque jour plus nombreuses contre l’idéalisme, les utopies ou la révolution. Un pessimisme contemporain perceptible aussi dans la dilution progressive des moyens et du crédit de l’action collective, victime du relativisme politique et culturel noyé dans le consumérisme débridé et irresponsable. À ce triste constat s’ajoute celui que la globalisation économique produit partout les mêmes effets. Dans un pays qui se réclame toujours du socialisme, cela ne va pas non plus forcément de soi. Ainsi, la « modernité globale » fait que désormais, si les réponses aux questions soulevées par la modernité et le développement sont devenues multiples, les problèmes du développement capitaliste sont devenus communs à toutes les sociétés concernées. « Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine », nous dit Arif Dirlik. La conséquence immédiate d’un tel postulat est l’invalidation des « caractéristiques chinoises » et autre « altérité » qui, des salons mondains aux chancelleries occidentales ont beaucoup marqué une certaine littérature. Le relativisme postmoderne, devenu ressource intellectuelle du renouveau nationaliste, doit désormais s’effacer devant l’universalisation et l’uniformisation des problématiques nées du développement néolibéral global dont les deux aspects dramatiques les plus notables – la destruction massive de l’environnement et la croissance continue des inégalités – ne semblent plus être entravés nulle part par aucune volonté politique gouvernementale cherchant à imposer un avenir social plus juste et un développement économique plus responsable.

Pour Arif Dirlik, les années 1990 ne sont pas un détour, mais bien un approfondissement de ses recherches sur la Chine autour de trois questions qui dépassent la seule Chine : la globalité, la localité et le postcolonial. Il définit la globalité comme un système d’hégémonie – culturel, politique, économique – en formation, encore à la recherche d’une configuration achevée. Face à ce phénomène s’inventent partout dans le monde des politiques locales qu’on peut penser être les nouveaux lieux, mouvants, de l’activité politique dont l’objectif est de penser, d’articuler et de confronter les problèmes nécessairement causés par cette nouvelle hégémonie. Enfin, la critique postcoloniale repense la relation du travail intellectuel à une situation globale neuve où le conflit culturel a acquis une visibilité renouvelée par la reconfiguration globale des relations de pouvoir. La dernière décennie du xxe siècle voit ainsi se déployer la politique culturelle comme une articulation centrale dans le nouveau régime de la globalisation. Ironiquement, le mésusage de la rhétorique postcoloniale par de nouvelles générations d’intellectuels – chinois, mais pas seulement – pressés de mettre au service de la puissance retrouvée les nouveaux outils théoriques pour lutter contre une hégémonie occidentale qu’ils estiment omniprésente, incite à paradoxalement négliger de déconstruire les relations de pouvoir et d’hégémonie en jeu au sein même de la société dont ils sont eux-mêmes issus. Un oubli d’autant plus ironique que la prolifération de revendications culturelles sur la modernité qui accompagne la globalisation du capital ne propose que des alternatives dans le capitalisme, plutôt que des alternatives au capitalisme.

Et c’est là que l’on peut mesurer comment la parole d’Arif Dirlik est doublement performante. Universitaire global dans le subalterne, en même temps qu’intellectuel postcolonial dans l’université américaine, il offre une perspective encore trop rare dans les études chinoises par son refus d’adopter le relativisme culturel au nom d’une libération du colonialisme. Postcolonial dans l’université, il possède et cultive un regard particulièrement sensible aux enjeux de la diffusion globale des savoirs et aux mécanismes de domination culturelle en jeu dans le monde contemporain. Universitaire dans le postcolonial, il sait toutefois conserver la distance critique indispensable à toute entreprise intellectuelle, distance trop souvent évacuée dans l’émotivité identitaire déployée dans les recherches postcoloniales. Ses positions sur les développements contemporains du monde chinois (et au-delà de l’Asie en général) offrent ainsi une distance unique pour voir et entendre les enjeux – chinois, mais pas seulement – de la globalisation et fournissent des outils neufs pour penser à nouveau frais des termes qui désormais construisent notre grammaire du monde. D’un côté, il ranime les acquis d’études chinoises parfois endormies sur une logorrhée triomphaliste paresseuse avec une vigueur et une radicalité nécessaire, notamment en intégrant la sémantique postcoloniale au corpus sinologique, de l’autre, il rappelle constamment que les possibilités multiples de modernités nouvelles qu’offrent les discours et les théories postmodernes sont problématiques précisément par le décentrement relativiste qu’elles induisent, décentrement qui légitime une forme de tolérance sans bornes, y compris pour l’oppression.

Repenser les Lumières

Dans les crises que connaît le monde contemporain se joue une crise d’hégémonie connectée à l’approfondissement des inégalités et à l’épuisement de la nature que provoque une véritable fétichisation d’une idéologie du développement (developmentalism) née après la Seconde Guerre mondiale. Cette idéologie est empreinte d’ethnocentrisme néocolonial. Elle est présentée comme existant au-delà de tout contrôle humain. Elle se retrouve pourtant systématiquement au service des intérêts nationaux et des entreprises transnationales 9. Paradoxalement, l’« euphorie de la globalisation » semble bien passée et ce développementalisme est devenu difficilement défendable devant l’accumulation de preuves des destructions sociales et écologiques qu’il provoque. Ceci d’autant plus qu’il accentue les antagonismes culturels pesants causés par le capitalisme qui le sous-tend dans sa globalisation. Cette idéologie semble pourtant demeurer incontestée d’un bout à l’autre de l’échelle globale de distribution des richesses. Or, la polarisation sociale qu’elle instaure menace la démocratie là où elle existe, et l’empêche de progresser, là où on la désire encore. Le cynisme des États occidentaux nuit aussi au prestige de la démocratie, et joue le jeu de forces politiques réactionnaires qui nourrissent le nationalisme culturel pour perpétuer des formes « traditionnelles » d’inégalité et d’oppression. Cette crise est donc aussi indéniablement une crise des valeurs modernes de la démocratie, de la laïcité et de la liberté.

Pour Arif Dirlik, l’ethno-universalisme des Lumières – l’eurocentrisme – a sans aucun doute besoin d’être critiqué et dépassé pour convier d’autres participants dans les discussions sur la culture et l’épistémologie. Il faut cependant se rappeler des valeurs que ces Lumières ont inscrites à l’agenda. Sources d’idées libérales radicales, elles alimentent depuis plus de deux siècles les luttes globales contre l’injustice, les inégalités et l’oppression politique, économique, sociale et culturelle. Le domaine des idées partagées – mis au défi des essentialismes culturels – doit-il désormais se réduire aux marchandises d’une culture consumériste globale ? Et en une foi indiscutée pour le produit intérieur brut et la technologie qui ne laisse que la puissance comme ultime et unique mesure du succès ? Les condamnations en bloc des Lumières au nom de l’outrage colonial oublient de demander pourquoi cet héritage est désormais rejeté comme un égarement oppressant. Le tournant anti-Lumières des trois dernières décennies accompagne en effet la stigmatisation d’héritages qui ont pourtant nourri deux siècles de luttes populaires : humanité universelle, justice sociale et économique, dignité individuelle, démocratie, liberté, laïcité et foi dans le mieux-disant social. Arif Dirlik insiste en renvoyant dos à dos les deux premières puissances économiques mondiales. Il remarque que le chemin pris par le développement chinois suit de près celui des États-Unis, consumériste, dispendieux et destructeur. Ainsi, il refuse d’isoler la Chine pour la critiquer. S’il s’agit de critiquer des pratiques corrompues et le déni de démocratie des autorités chinoises, il faut aussi désormais ne pas perdre de vue le développement capitaliste global dont la RPC ne fait que jouer le jeu. Car, si la Chine a apporté quelques mauvaises manières à table, elle a aussi su montrer une grande habileté dans l’apprentissage des règles d’une cosmologie néolibérale du monde inventées par d’autres qui néglige chaque jour davantage les engagements – de plus en plus ténus il est vrai – pour le droit et la démocratie.

Arif Dirlik nous a quittés le 1er décembre 2017. La veille de son décès, il discutait encore littérature et philosophie en mangeant de la glace. Dans un texte poignant, Rebecca Karl, dont Dirlik avait dirigé la thèse de doctorat, utilise le terme d’« anomalie » pour qualifier son ancien professeur. Une anomalie dont les textes réunis ici prouvent, nous l’espérons, l’indispensable nécessité.

On retrouvera toutes les informations biographiques dans les différentes interviews référencées ci-après par ordre chronologique :

Chuck Morse, « Dimensions of Chinese Anarchism : an interview with Arif Dirlik », Perspectives on Anarchist Theory, n° 1.2, automne 1997. En ligne [http://flag.blackened.net/ias/2dimensio.htm].

Xie Shaobo et Wang Fengzhen, « Arif Dirlik », dans Id. (dir.), Dialogues on Cultural Studies : Interviews with Contemporary Critics, Calgary, University of Calgary Press, 2002, p. 9-45.

N.c., « Arif Dirlik’le Sozlesme » [Une conversation avec Arif Dirlik], Birikim (Backlog), n° 248, 2009, p. 68-72.

Wang Hongbo, « De Like zhuixun xiandai Zhongguo. Cong geming dao hougeming » [Arif Dirlik et la recherche de la Chine moderne – De la révolution à la post-révolution], Zhonghua dushubao (China Reading Weekly), 8 décembre 2010.

David Bartel, « Chine, crise du capitalisme et modernité globale. Entretien avec Arif Dirlik », Monde chinois nouvelle Asie, n° 38-39, 2014, p. 188-211.

Luciana Leitao, « Chinese Communist Party, World’s Biggest Corporation. An Interview with Arif Dirlik », Macau Business Daily, 25 juin 2013.

David Bartel est chercheur indépendant, docteur en histoire et civilisation de l’EHESS. Sa thèse porte sur le destin contemporain des Lumières chinoises. Il vit à Hong Kong.


1Sous le titre Revolution and History. Origins of Marxist Historiography in China 1919-1937, Berkeley, UCLA Press, 1978. 

2. Les idées de rupture Chine moderne/Chine « traditionnelle » et de la muséification de la tradition sont au cœur de son opus magnum, Joseph R. Levenson, Confucian China and Its Modern Fate : A Trilogy, Berkeley, UCLA Press, 1958-1965. 

3. De Yu Keping, on peut lire (en anglais), Democracy is a Good Thing. Essays on Politics, Society and Culture in Contemporary China, Washington D.C., Brookings Institution Press, 2011. 

4. Le terme houxue, « études post », « postismes » ou « postologies » est apparu une première fois sous la plume du sémioticien Zhao Yiheng dans un article publié dans le n° 27 de la revue hongkongaise Ershiyi shiji (février 1995), « Houxue yu Zhongguo xin baoshouzhuyi » [Postologies et nouveau conservatisme en Chine]. Le terme regroupe assez bien – non sans une pointe d’humour – les discours postcoloniaux et postmodernes, mais aussi la déconstruction et les débats sur le postsocialisme, la post « Nouvelle ère » ou le post-totalitarisme et plus globalement tous les discours qui remettent en question la modernité des Lumières européennes et de leur pendant chinois. Pour une perspective libérale et – relativement – non partisane, on lira, de Xu Ben, « The Postmodern-Postcolonial Stimulus and the Rise of Chinese Post-ist Theory », dans Disenchanted Democracy. Chinese Cultural Criticism After 1989, Ann Arbor, Michigan University Press, 1999, p. 88-128.

5. Arif Dirlik, Anarchism in the Chinese Revolution, Berkeley, UCLA Press, 1993.

6. François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Seuil, 2003.

7. Yves Chevrier, « Antitradition et démocratie dans la Chine du premier xxe siècle : la culture moderne et la crise de l’État-nation », dans Mireille Delmas-Marty et Pierre-Etienne Will (dir.), La Chine et la démocratie, Paris, Fayard, 2007, p. 369-430.

8. Zhang Yinde, « Orient-extrême : Les réinterprétations en Chine des théories postcoloniales », Revue de littérature comparée, n° 297, janvier 2001, p.133-149.

9. Gilbert Rist, Le Développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 2007.

La Chine au xxe siècle. Histoire, idéologie, révolution

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